Choisir de ne pas choisir

Tout le monde aime avoir du choix : un grand nombre de vêtements dans son dressing, des dizaines de plats à la carte du restaurant, plusieurs catégories de places à un concert ou un rayon entier de jus d’orange au supermarché. Et pourtant ces choix, souvent dérisoires peuvent saper votre moral, votre énergie et votre motivation.

 

Quand le choix nous empêche de prendre une décision

L’étude de deux professeurs de Columbia et Stanford : “When Choice is Demotivating : Can one desire too much of a good thing” ont démontré que l’abondance de choix pouvait nous empêcher de passer à l’action.

Pour étudier cela, ils ont installé deux présentoirs dans un supermarché : le premier exposait 24 confitures différentes, le deuxième seulement 6.
60% des clients se sont arrêtes devant le stand avec le plus de choix contre 40% pour l’autre. Pourtant, seulement 3% ont acheté une confiture présente sur l’étal le plus important contre 30% pour le second.

Il semblerait que l’avalanche de choix soit plus attirante aux premiers abords mais réduit le passage à l’action, donc l’achat dans cet exemple.

Un autre cas présenté proposait à des étudiants d’obtenir des points supplémentaires pour leur cours s’ils acceptaient de faire une dissertation de deux pages sur un thème proposé. Un premier groupe dû choisir parmi une liste de 6 thèmes et le second parmi une liste de 30.
Non seulement, la participation par les étudiants ayant eu accès à la liste des 6 thèmes a été supérieure de 14% par rapport à l’autre groupe mais leur dissertation était également de meilleure qualité.

source : https://faculty.washington.edu/jdb/345/345%20Articles/Iyengar%20%26%20Lepper%20(2000).pdf

 

Fatigue décisionnelle

La plupart d’entre nous effectuons un travail qui demande de continuelles prises de décision durant 7 ou 8 heures par jour. Celles-ci peuvent être importantes voir cruciales selon votre profession.
Et quand nous rentrons chez nous après cette longue journée, la dernière chose que l’on a envie d’entendre c’est “Qu’est ce qu’on mange ce soir ?”.

Plus vous prenez de décisions au cours de la journée, plus la qualité de celles-ci se dégrade, plus votre fatigue et temps de réaction augmentent. Est-ce peut-être l’une des raisons qui pousse beaucoup de gens à allumer la télévision et s’écrouler dans leur canapé après une dure journée de labeur ?

D’après le psychologue Roy Baumeister, la volonté et la maîtrise de soi fonctionneraient comme un “muscle”  qui peut s’épuiser et nous rendre moins performant. La prise de décisions viendrait solliciter ce même muscle qui n’aura alors plus les ressources nécessaires pour gérer correctement ses autres fonctions.

Lors d’une expérience il a demandé a un groupe de sauter leur repas et leur a ensuite présenté des bonbons, des cookies et des radis. Ils devaient manger uniquement les radis et ne pas toucher au reste. Ensuite, il leur a demandé de résoudre des puzzles insolubles. Le groupe qui avait eu l’obligation de manger les radis à abandonné bien plus tôt que les autres. Le fait d’avoir résisté à une tentation au préalable semblait les avoir vidé de quelque chose qui les rendait moins persévérants.

Heureusement, il semblerait que ce muscle puisse être travaillé afin de le rendre plus résistant et endurant. Certains proposent de mettre en évidence une tentation dans votre environnement et de vous entraîner à l’ignorer un maximum de temps. A tenter avec une bière lors d’une chaude journée d’été !

source : http://thepsychologist.bps.org.uk/volume-25/edition-2/self-control-%E2%80%93-moral-muscle

 

L’abondance rend malheureux

Selon le psychologue américain Barry Schwartz, le dogme européen veut que pour maximiser notre bien-être, il faut maximiser notre liberté. Et celle-ci serait dépendante de la grande quantité de choix disponibles.

Pourtant il semblerait que l’abondance de possibilités nous empêche d’être heureux.
D’abord, comme vu plus haut, devoir faire un choix peut nous mener à la paralysie et à la démotivation. Nous avons tellement peur de faire une erreur que nous préférons repousser la décision encore et encore. Ensuite, parce que l’incertitude d’avoir fait le bon choix va s’immiscer dans notre esprit.

Imaginez que vous deviez acheter un nouvel aspirateur : vous êtes devant le rayon et vous contemplez la multitude de modèles disponibles. Aspirateur balai ou robot aspirateur, avec sac ou sans sac, à vapeur ou nettoyant à l’eau.
Une fois votre choix arrêté et de retour chez vous, vous vous rendez-compte qu’il est vraiment bruyant ou que vous devez insister à certains endroits pour tout aspirer. Vous imaginez alors que vous auriez peut-être du choisir l’autre modèle avec lequel vous aviez hésité.
Celui-ci n’avait peut-être pas ce problème et vous regrettez d’avoir fait ce choix. Votre insatisfaction grandit car vous savez qu’il en existe forcément un qui aurait pu être meilleur (ou pas, vous ne le saurez jamais).

Et c’est là que nous devenons moins heureux. Car si nous faisons le mauvais choix, nous sommes responsables de cette erreur. Nous avions tellement de possibilités mais nous nous sommes quand même plantés alors qu’il existait forcément quelque part la perfection.
A l’inverse, quand nous n’avons pas d’autres opportunités et qu’une difficulté se présente, nous n’y sommes pour rien, nous ne faisons que subir.

Être persuadé que l’excellence peut être trouvée, dans tous les compartiments de notre vie, remet en question la qualité de ce que nous possédons déjà et abaisse notre niveau de satisfaction.

source : https://www.ted.com/talks/barry_schwartz_on_the_paradox_of_choice?language=fr

 

Renoncer

Le coût de renoncement désigne la perte des biens auxquels nous renonçons lorsque l’on procède à un choix. Ce que nous gagnons de concret d’un côté, nous le perdons de l’autre, dans la myriade de possibilités qui existait au moment de prendre notre décision.
Le fait de ne pas savoir ce que l’on aurait pu gagner en choisissant une alternative nous fait souvent penser que celle-ci était meilleure.

La vie étant une succession de choix compliqués et d’opportunités perdues, il est vivement conseillé de se débarrasser des choix mineurs qui parsèment notre quotidien.

 

Limiter ses choix et installer une routine

C’est là que le minimalisme entre en jeu. J’aime bien prendre l’exemple des vêtements car il est parlant et dieu merci, nous ne sommes plus obligés de citer Mark Zuckerberg mais choisir l’exemple de quelqu’un de plus classe :

“You’ll see I wear only gray or blue suits, I’m trying to pare down decisions. I don’t want to make decisions about what I’m eating or wearing. Because I have too many other decisions to make.” Barrack Obama

Avoir un très petit nombre de tenues élimine un choix que vous aurez à faire tous les jours de votre existence. Et si ces vêtements vous plaisent et vous vont bien, pourquoi se compliquer la vie?
Avoir un seul exemplaire de chaque objet est également un bon moyen de simplifier son quotidien. Pour une personne, il est suffisant de posséder un seul ordinateur, une seule paire d’écouteurs, un seul décapsuleur ou une seule paire de chaussures de sport.
Si ces objets sont bien choisis, pourquoi s’ennuyer avec des alternatives?

Une autre piste pour limiter nos décisions quotidiennes est l’installation de routines. Le moment idéal de la journée pour l’introduire est sûrement le matin. Le Miracle Morning par exemple est une méthode qui nous invite à se lever tôt pour effectuer des activités bénéfiques comme la lecture, la méditation ou le sport.
Une partie de votre routine peut également être le choix d’un jour dans la semaine consacré au ménage ou à votre loisir préféré.

Une fois habitué, vous passez en mode pilote automatique, vous n’avez plus besoin de consciemment faire des choix et gardez votre énergie pour les décisions importantes qui vont améliorer votre quotidien.

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